Il sâagit dâun document eÌcrit dans lequel vous indiquez ce que vous souhaitez en cas de situation grave ou dâincapaciteÌ aÌ communiquer. Mon meÌdecin traitant me le rappelle souvent : tout le monde devrait en avoir, malade ou pas. Personne nâest aÌ lâabri dâun accident.
Ce document permet notamment de dire ce que vous voulez dans les cas extreÌmes : coma profond, interventions lourdes, maintien en vie par assistance technique… Dans notre situation, pour le dire sans deÌtour, cela revient aÌ preÌciser ce que vous souhaitez si vous faites une deÌtresse respiratoire : veut-on quâon nous laisse partir, ou quâon nous maintienne en vie par tous les moyens disponibles ?
Les directives anticipeÌes sont conserveÌes chez votre meÌdecin traitant et peuvent eÌtre teÌleÌchargeÌes sur le site du gouvernement. Leur reÌdaction ne prend que quelques minutes, mais eÌvite que des inconnus deÌcident aÌ votre place de quelque chose dâaussi important que votre fin de vie.
En geÌneÌral, on les remplit avec le meÌdecin et la personne de confiance que vous aurez choisie. Si vous ne pouvez pas physiquement eÌcrire, le meÌdecin les reÌdigera selon vos souhaits, confirmeÌs par cette personne de confiance, qui sera ensuite habiliteÌe aÌ sâexprimer en votre nom si la situation lâexige.
On peut aussi les reÌdiger sur papier libre, tant que le document est clair et signeÌ en preÌsence du meÌdecin et de la personne de confiance.
Ces directives ne sont pas figeÌes : vous pouvez les modifier quand vous le voulez. Et dans tous les cas, votre parole â quelle que soit sa forme â primera toujours sur vos directives eÌcrites.
MeÌme si cela reste un choix personnel, il ne concerne pas que vous. Il impacte aussi vos proches. Câest pourquoi il est indispensable dâen discuter ouvertement en famille. Câest difficile, mais neÌcessaire.
Je lâai veÌcu moi-meÌme. Mon eÌpouse avait gardeÌ le document dans un tiroir pendant quinze jours, nâosant pas me le demander. Elle avait peur que je choisisse de « partir », alors quâelle souhaitait me garder aupreÌs dâelle quoiquâil arrive. Il fallait tenir compte de cela.
Il faut aussi savoir que, malgreÌ la loi qui rend aujourdâhui les directives anticipeÌes « leÌgalement opposables », certains meÌdecins peuvent contester des deÌcisions quâils jugent comme un acharnement theÌrapeutique, surtout en situation dâurgence.
Lors de ma deÌtresse respiratoire, en arrivant en reÌanimation, le meÌdecin de garde refusait dâappliquer mes directives et sâadressait aÌ mon eÌpouse comme si elle ne comprenait pas. Si
elle nâavait pas insisteÌ, si elle nâavait pas affirmeÌ ma volonteÌ avec autant de force, je ne serais sans doute pas en train dâeÌcrire ces lignes.
ApreÌs ce moment difficile, tout le service a eÌteÌ remarquable, y compris ce meÌdecin-laÌ. Mais cette expeÌrience mâa confirmeÌ une chose : on eÌcoute les avis meÌdicaux, oui, mais aÌ un certain niveau, il nây a que vos choix qui importent.
Comment cela sâest passeÌ pour moi
Je ne sais plus exactement comment on mâa proposeÌ de remplir mes directives, mais un rendez-vous a eÌteÌ fixeÌ. Jâavais compris que mettre tout cela par eÌcrit rassurerait tout le monde. Nous eÌtions dans ma chambre : ma femme, mon peÌre, le docteur Combes et moi. Jâessayais de deÌtendre lâatmospheÌre. Je me souviens lui avoir dit : « Je suis musulman, alors si vous mâalimentez par tuyaux, pas de cochon, hein »
Ils ont ri. « TreÌs bien, pas de perfusion au cochon », a-t-il reÌpondu.
Ce qui comptait le plus pour moi, aÌ lâeÌpoque, câeÌtait de ne jamais rester seul. Je lâai eÌcrit, et jâai bien fait : graÌce aÌ cela, jâai pu eÌtre entoureÌ de mes proches pendant les deux mois que jâai passeÌs en reÌanimation. Sans eux, je ne sais pas ouÌ jâen serais aujourdâhui.
Mais surtout, jâai pu dire clairement que je souhaitais vivre, autant que la science le permettrait, vivre quoi quâil arrive.