Le suivi des patients atteints de SLA peut parfois eÌtre trop espaceÌ lorsquâil est assureÌ uniquement par un Centre ReÌgional SLA. Les rendez-vous sont parfois fixeÌs aÌ six mois dâintervalle. Ils font sans doute de leur mieux, mais câest insuffisant pour surveiller correctement le poids et lâalimentation dâun patient livreÌ aÌ lui-meÌme entre deux consultations. Le meÌdecin geÌneÌraliste pourrait assurer ce suivi, mais il nâest pas toujours formeÌ pour. Il vous revient donc dâeÌtre vigilant sur cet aspect essentiel.
Ne faites pas comme moi. Je mesure un meÌtre soixante-dix-sept, et lorsque je suis entreÌ en reÌanimation apreÌs un SDRA, je pesais quarante-six kilos. JâeÌtais en eÌtat de deÌnutrition avanceÌe, et cela aurait pu me couÌter la vie.
Un an plus tard, jâavais repris vingt-cinq kilos, aÌ la stupeÌfaction du corps meÌdical. Cette reprise de poids, je la dois aÌ la gastrostomie.
Je sais que certains dâentre nous font un autre choix, et je le respecte profondeÌment. Jâen ai longuement discuteÌ avec Anne Bert, paix aÌ son aÌme, avant son dernier voyage en Belgique. Elle nâimaginait pas une vie possible sans ses muscles. Jâai espeÌreÌ jusquâau bout la faire changer dâavis, mais elle eÌtait deÌtermineÌe. Pour elle, câeÌtait la vie ânormaleâ ou rien. Jâen ai pleureÌ. Mais pour ceux qui choisissent de tenter lâaventure, je recommande de surveiller attentivement leur poids. Il existe un veÌritable iÌlot de tranquilliteÌ et de paix derrieÌre cet ouragan.
Entre les probleÌmes de deÌglutition, la perte dâappeÌtit et parfois un peu de deÌprime, la situation peut se deÌgrader treÌs vite.
Je ne suis pas meÌdecin, mais je peux partager mon expeÌrience personnelle. Pour moi, au-delaÌ dâune perte de dix pour cent du poids initial, la gastrostomie a eÌteÌ une aide deÌterminante.
Pour ceux qui ne connaissent pas, ou preÌfeÌrent ne pas connaiÌtre (jâeÌtais dans ce cas), il sâagit simplement de permettre aÌ la nourriture dâatteindre directement lâappareil digestif. Une petite ouverture, de quelques millimeÌtres, est faite sous anestheÌsie pour y placer un tuyau souple. On ne sent rien, ni pendant ni apreÌs. Et lâalimentation peut commencer.
Cela nâempeÌche absolument pas de manger ou de boire normalement, mais cela garantit un apport suffisant chaque jour. Et câest preÌcieux, car la maladie demande beaucoup dâeÌnergie. De nombreux patients eÌquipeÌs dâune gastrostomie redeÌcouvrent meÌme le plaisir du repas, qui auparavant pouvait durer des heures ou provoquer des fausses routes avec leurs complications respiratoires.
Une pompe dâalimentation sera installeÌe aÌ domicile. Câest elle qui fera passer lâalimentation, en poche, dans votre appareil digestif, via la sonde. Une infirmieÌre libeÌrale sait parfaitement geÌrer tout cela. Lâhydratation peut eÌgalement passer par ce biais, ainsi que tout ce qui est liquide.
Jây fais personnellement passer du miel, du pollen et divers compleÌments alimentaires. Les traitements aussi sont administreÌs par ce canal, ce qui eÌlimine au passage le probleÌme du gouÌt. Il faut parfois voir les bons coÌteÌs.
Lâentretien est treÌs simple. Il suffit de bien rincer la sonde apreÌs chaque utilisation pour eÌviter quâelle ne se bouche. En cas de bouchon, le coca ou lâeau chaude peuvent aider aÌ deÌbloquer, et si cela ne suffit pas, on peut masser doucement la sonde aÌ lâendroit du blocage. Selon le modeÌle, la sonde doit eÌtre remplaceÌe tous les six mois aÌ un an. Ce geste est effectueÌ aÌ domicile par une infirmieÌre qualifieÌe. Câest indolore et treÌs rapide.
Tout cela pour dire quâil ne faut pas heÌsiter aÌ franchir le pas si cela peut vous aider. Ce nâest finalement pas grand-chose, et cela peut changer beaucoup.
Deux eÌleÌments sont essentiels dans ce parcours : lâanticipation et la capaciteÌ aÌ trouver du contentement, meÌme dans cette nouvelle reÌaliteÌ.